Le métier du transcripteur en simultané pour l'accessibilité du message oral

Vers un nouveau métier : Transcripteur en simultané pour l'accessibilité du message oral pour les sourds et malentendants

La transcription simultanée de la parole à la vitesse de la parole est un métier très difficile, quelles que soient les techniques adoptées.
Vu les progrès des logiciels de reconnaissance vocale, et des processeurs des PC, il est maintenant possible d'écrire jusqu'à 250 mots / minute.

A ce jour, il n'existe aucune machine capable de transcrire un discours oral en un discours écrit toute seule.
Seul un professionnel, qui maîtrise la technique, peut construire en un temps record, des phrases dans un français écrit correct, compréhensibles par tous, et avec le minimum de fautes.

Samuel Poulinge présente la SCOP Le MessageurContexte

Les personnes sourdes oralistes, devenues sourdes ou malentendantes communiquent en Français. Elles ont des difficultés plus ou moins importantes pour l'accès au message oral.

Le fait de ne plus avoir accès au message oral provoque un handicap autour de la communication. Les personnes peuvent émettre le message mais elles ont des difficultés sur la réception. Et le fait de ne pas pouvoir communiquer isole les personnes, qui ne peuvent plus exercer leur vie professionnelle, leur vie citoyenne comme tout un chacun, car elles ne sont pas à égalité de chance.

Il n'existe pas de baguettes magiques pour permettre une communication à égalité de chance. Pour atteindre cet objectif, il est d'abord nécessaire que l'entourage adopte les bonnes attitudes de communication, d'une part, en utilisant les bons outils de compensation pour la personne, d'autre part.

Pour les sourds oralistes, les devenus sourds et malentendants, il est possible de se baser sur 2 outils qui sont à mobiliser en fonction des besoins, des possibilités de la personne sourde ou malentendante :

  • L'utilisation des boucles magnétiques :
    90% des personnes déficientes auditives, soit près de 6,3 millions de personnes sont atteintes de surdité légère ou moyenne. Elles ont en général une bonne compréhension de la parole avec un seul interlocuteur dans un environnement calme. En revanche, elles sont en grande difficulté de compréhension, dès qu'il y a plusieurs interlocuteurs, et dans les environnements bruyants. Les personnes équipées d'aides auditives adaptées, avec la position T, peuvent utiliser les systèmes tels que les boucles magnétiques, ce qui leur permet un excellent accès au message oral.

    Lorsque la personne équipée d'aides auditives adaptées est en présence d'une boucle magnétique, elle appuie sur un bouton pour se mettre en position T (Téléphone, Telecoil) ou MT. Cela coupe les micros des aides auditives qui captent le son environnant. Elle reçoit directement le son de la voix de l'interlocuteur, qui parle dans un micro, sans les bruits parasites, dans ses aides auditives.
    La personne déficiente auditive se retrouve ainsi dans les mêmes conditions que si elle était dans un environnement calme avec un interlocuteur, ce qui améliore nettement la compréhension.
    La boucle d'induction magnétique est indispensable pour les personnes malentendantes et malvoyantes.

  • La transcription simultanée de la parole :
    Il s'agit d'écrire en simultané, à la vitesse de la parole, tout ce qui se dit par oral, tel un sous titrage en direct :
    - dans une conversation téléphonique ;
    - dans une conversation avec les interlocuteurs en présence ;
    - dans une réunion multi locuteurs ;
    - dans une formation ;
    - dans un colloque, un congrès ;
    - dans une manifestation culturelle, citoyenne.

    Depuis le vote de la loi de février 2005, qui reconnaît pour la première fois la transcription comme moyens d'accès du message oral pour les sourds oralistes, les devenus sourds et malentendants, il est nécessaire de formaliser ce nouveau métier – et de mettre en place un cadre de reconnaissance de ce métier grâce à une formation et un diplôme reconnu.

 A quoi sert la transcription simultanée de la parole ?

La transcription est le moyen le plus universel d'accès du message oral – pour les sourds oralistes, les devenus sourds et malentendants.
En effet, parmi les millions de personnes qui deviennent malentendantes en cours de vie, très peu de personnes vont vers un appareillage (sur 100 personnes qui devraient être appareillées, à peine 17 le sont) – étude de la DREES sur le handicap auditif de 2007. De ce fait, très peu de personnes qui ont des capacités auditives peuvent utiliser les boucles magnétiques comme moyen de compensation.

La transcription permet donc un accès du message oral, à égalité de chance avec les entendants, quel que soit l'évènement, la discussion, le RDV, ... quelles que soient les capacités auditives des personnes :
- lecture totale de la transcription pour les sourds sévères et profonds ;
- appui pour les personnes malentendantes, appareillées ou non ;
- appui pour les entendants.

Qu'est-ce qu'on attend de la transcription ?

> Traduction de l'oral vers l'écrit

Il s'agit de traduire des propos tenus oralement par écrit, à la vitesse de la parole. Le mot traduire est important, car les codes du langage oral sont différents des codes du langage écrit.
Il est donc nécessaire de traduire une langue oral en langage écrit.
En outre, la lecture à la vitesse de la parole est fatigante. Et l'enjeu, c'est bien de rendre accessible le message oral – il est donc aussi nécessaire d'éliminer les éléments superflus de l'oral, qui n'apportent rien, voire gênent à la compréhension.
Enfin, le texte peut être directement fourni à la fin de l'événement transcrit. Mais il conviendra toutefois de se mettre d'accord avec le prescripteur, car dans certains cas, le prescripteur peut demander la destruction du texte à la fin de la transcription.

De plus, il sera nécessaire de se poser des questions concernant la propriété du texte – est-ce que l'on peut en faire n'importe quoi ? Quelles sont les limites à fixer quant à l'usage du texte.

Aspects généraux de la traduction :

La transcription reproduit l'intégralité des propos avec suppression des erreurs syntaxiques, grammaticales, hésitations et répétitions, tics de langage, quand ceux-ci n'apportent pas de plus-value à la compréhension de l'intervention. L'écrit aura débarrassé les débats de ce qui, justifié à l'oral, devient inutile à l'écrit, en ne supprimant aucune information. La transcription doit être compréhensible et rapporter fidèlement les propos.
Il est important de souligner que le résultat visuel est un texte qui, pour être accessible, s'exonère cependant des règles de typographie française, en donnant la priorité à la transcription exhaustive des propos oraux.

EN OUTRE
La transcription doit pouvoir être utilisée et exploitée par la suite. De ce fait, il est nécessaire :
- de marquer le changement d'interlocuteur en sautant des lignes, et en mettant son nom s'il est identifié, ou interlocuteur s'il n'est pas identifié ;
- de ponctuer de manière à respecter le rythme, et le sens des propos tenus ;
- de mettre des points de suspension si la phrase n'est pas terminée, ou s'il y a un long silence ;
- de mettre des étoiles si les propos tenus n'ont pas été compris.

> La vitesse d'écriture

Pour que les personnes sourdes et malentendantes soient à égalité de chance dans les échanges, il faut que la transcription soit aussi rapide que la parole.
La vitesse moyenne de la parole est aux alentour de 180 à 200 mots par minute. Quelles techniques pour atteindre cette vitesse d'expression ?

Frappe au clavier : Les vitesses constatées de frappe au clavier vont, en moyenne, de 100 à 250 caractères par minute selon les individus, ce qui représente entre 20 et 50 mots par minute. Nous sommes loin de l'écrit à la vitesse de la parole.

3 méthodes peuvent être utilisées pour écrire très vite. Chacune des différentes technologies de transcription de la parole a sa pertinence par rapport à un contexte donné, selon son taux de restitution et le décalage par rapport à la parole du locuteur :

  • La vélotypie : la vélotypie fonctionne tel un piano. L'utilisateur appuie sur plusieurs touches à la fois afin d'écrire des syllabes plutôt que des lettres seules. De ce fait, l'affichage final est immédiatement lisible et exploitable. Il s'agit d'un clavier orthographique basé sur une saisie en accords qui est différent des claviers utilisés pour la transcription in extenso tels que ceux qu'utilisent les sténotypistes qui se doivent d'être plus concentrés pour que seuls les doigts soient en mouvement (gain de temps) afin de satisfaire à la vitesse de la parole. Avec la vélotypie, un logiciel informatique analyse ces données, détermine l'ordre des syllabes et affiche le résultat final. Avec les claviers orthographiques, l'opérateur s'appuie plus volontiers sur l'orthographe traditionnelle et peut davantage garder la main sur le résultat à afficher. Dans cette configuration, le terme "orthographique" s'oppose à celui de "phonétique".
    Elle permet d'écrire 100 à 150 mots par minute, ce qui ne permet pas d'écrire à la vitesse de la parole. Il y a donc nécessité de synthétiser lors des flots de paroles rapides.

  • La sténotypie : Il est, en général, plus difficile de maîtriser la sténotypie que les keyboards. Malgré cela, la sténotypie demeure plus rapide et permet d'atteindre une vitesse de frappe de plus de 210 mots par minute pour 100 à 150 mots par minute pour la vélotypie.

  • La reconnaissance vocale : Le transcripteur dicte dans un micro le texte qui doit s'écrire. Il écrit au clavier les mots que le logiciel de reconnaissance vocale ne reconnait pas, et il corrige les erreurs. Les logiciels ont fait de grands progrès ces dernières années. Il est possible avec cette technique de transcrire jusqu'à 250 mots par minute.

Les choix de la SCOP Le Messageur

=> La technique de la reconnaissance vocale :
La SCOP Le Messageur a fait le choix de la technique de la reconnaissance vocale pour transcrire à la vitesse de la parole. Cette technique a fait l'objet d'une longue expérimentation d'une dizaine d'années avec les associations du réseau du Bucodes SurdiFrance.

La SCOP Le Messageur a mis au point une technique et un matériel qui permettent de transcrire dans toutes les situations de la vie quotidienne.
De manière générale, le transcripteur, qui doit dicter le texte dans un micro, doit se situer dans un endroit calme, à l'extérieur de la salle dans laquelle se déroule l'évènement à transcrire.
Il peut toutefois, lorsqu'il n'y a pas d'autres possibilités, être dans la salle, et utiliser un micro spécifique, qui lui permet de dicter quasiment à voix basse, il s'agit du sténomask.

=> Le matériel utilisé :
Pour les personnes sourdes et malentendantes, la grande difficulté, c'est l'accès au message oral, notamment lors de discussions multi locuteurs.
Pour que tout le monde puisse communiquer à égalité de chance, les outils ne sont pas des « baguettes magiques » qui vont résoudre les problèmes de communication.
Il est nécessaire que tout le monde développe les bonnes attitudes de communication, tout en utilisant correctement les outils de compensation. Dans ce cas, on parle d'égalité des chances.

Dans le cadre de sa longue expérimentation, l'équipe de la SCOP Le Messageur a identifié qu'il était courant dans une conversation de cacher sa bouche, de parler à plusieurs en même temps, ...
Ces conditions ne permettent pas de participer à égalité de chance à une conversation lorsque l'on est sourd ou malentendant.

En outre, l'expérience nous montre que la sonorisation des réunions, l'utilisation des micros apportent un bien meilleur confort à tous, et accroit la qualité des échanges (voir vidéo témoignage Nelly sur le site internet).
Les micros ont une fonction de bâton de parole. Cela est indispensable pour les malentendants, qui ne savent localiser la provenance du son, et qui savent de ce fait qui va prendre la parole.
Une petite enceinte Bose de grande qualité permet un retour de chaque prise de parole.
En outre, cela améliore la qualité d'écoute de tous, et régule la communication, qui gagne en qualité.

L'équipe a donc mis au point un matériel, qui contient une sono avec des micros, une enceinte, des boucles magnétiques individuelles, ce qui permet l'accessibilité de n'importe quel type de réunion, avec le transcripteur qui se situe soit dans un local à proximité de la salle, soit à distance, via internet, soit, exceptionnellement dans la salle.

Voici ci-dessous un terminal de transcription avec sono, conçu par l'équipe. Ce terminal est maniable, et simple à mettre en route.

Valise de la SCOP Le Messageur

Ce terminal contient 4 micros, une enceinte.

Cela permet de sonoriser et mettre en place l'accessibilité :

  • de n'importe quelle réunion, dans n'importe quelle salle, à partir du moment où l'on peut utiliser internet (3G+ ou réseau) ;
  • de n'importe quel congrès ou colloque, en reliant le terminal à la sono de la salle ;
  • le PC Net Book peut être utilisé de manière individuelle, ou l'image peut être projetée sur grand écran – ou sur écran plasma.

=> Les fautes :

Il sera nécessaire de définir ce qu'est la faute, au sens de ce qui est acceptable ou non : il y a la faute de grammaire, mais il y a aussi la faute de sémantique qui dénature le message. En effet, le cerveau humain contextualise, et il comprend tout de suite s'il s'agit de « ces chats laids », « ces chalets », « sécha les », ... Mais le logiciel de reconnaissance vocale ne sait pas.

Pour éviter les fautes, le transcripteur doit adapter sa façon de transcrire et maîtriser parfaitement son logiciel de reconnaissance vocale, afin d'assurer une transcription de grande qualité en un minimum de délai.

Pour ce qui est des fautes, le transcripteur doit proposer un texte qui comporte le minimum de fautes. Il se doit donc d'anticiper les fautes qui pourraient être commises par le logiciel de reconnaissance vocale en proposant une tournure qui va fonctionner. Et, il se doit de corriger les fautes qui apparaissent dans l'affichage du texte.

Mais, à la demande des utilisateurs, si le locuteur s'exprime très vite, et que la faute ne change pas le sens, il est conseillé de poursuivre la transcription pour ne pas accroître le décalage entre les propos oraux et l'affichage des propos écrits.

Il est nécessaire, lorsque les locuteurs s'expriment à vitesse normale (150 à 180 mots/minute), de ne pas avoir plus de 2 fautes par minute.

=> La vitesse d'affichage

Il est nécessaire, pour que la personne soit dans un échange simultané, d'afficher la transcription au plus vite, avec au plus 5 s de décalage entre les propos tenus, et l'affichage de ces propos.

L'affichage de la transcription par reconnaissance vocale se fait par paquets de mots. Le transcripteur doit régulièrement marquer de petites pauses pour que le logiciel de reconnaissance vocale puisse afficher des sections de phrases. Pour une lecture confortable, il est nécessaire :

  • lors de transcriptions de réunions, de ne pas afficher plus de 3 lignes à la fois ;
  • lors des conversations téléphoniques, d'afficher 1 à 1,5 lignes à la fois.

=> La transcription faite par un seul transcripteur :

Le transcripteur doit écouter ce qui se dit, le traduire par écrit en dictant ce qu'il veut écrire dans un micro. Il doit lire le résultat obtenu, tout en continuant à écouter et dicter, pour repérer et corriger les erreurs, les fautes.

Ce travail pourrait être fait, comme cela se fait à la télévision dans le cadre du sous-titrage pour sourds et malentendants, avec 2 personnes, 1 transcripteur qui dicte, et un transcripteur qui corrige.
Ce système est efficace, mais les coûts s'en ressentent. De plus, cela joue sur le temps d'affichage du texte – ce qui peut être un frein lorsque l'on est dans des discussions fluides.

Du coup, la SCOP Le Messageur a opté pour ne faire travailler qu'un transcripteur qui remplit seul l'ensemble de ces tâches.

Il faut beaucoup d'expérience pour atteindre le niveau.

Un nouveau métier : TRANSCRIPTEUR

La transcription simultanée de la parole à la vitesse de la parole est un métier très difficile, quelles que soient les techniques adoptées.

Vu les progrès des logiciels de reconnaissance vocale, et des processeurs des PC, il est maintenant possible d'écrire jusqu'à 250 mots / minute.

La plupart des utilisateurs, des prescripteurs qui recherchent de la transcription pour rendre accessibles des conversations, réunions, colloques, évènements divers et variés, ... se demandent pourquoi le logiciel ne transcrit-il pas tout seul ?

En effet, l'être humain est capable de comprendre une conversation en milieu bruyant, il est capable de savoir de quoi il est question même si un mot est mal prononcé, il est capable de comprendre les accents, ... grâce à la contextualisation.

Il s'agit donc d'une bonne question, mais le logiciel, tout performant soit-il, n'a pas cette capacité de contextualisation. Il ne reconnaît qu'une seule voix pour des dictées très longues et très rapides.
Dans les conversations, les interlocuteurs se coupent souvent la parole, ils peuvent ne pas finir leurs phrases, ils utilisent des onomatopées, ils utilisent un langage oral dans lequel la prononciation des mots ne correspond pas à l'écrit (voir ci-dessus).
Le logiciel, s'il recevait des informations de plusieurs locuteurs, et s'il recevait également des bruits parasites via le micro, il ne saurait pas du tout quoi écrire – et il écrirait n'importe quoi, sans ponctuation.

IL FAUT DONC ÊTRE CLAIR, à ce jour, il n'existe aucune machine capable de transcrire un discours oral en un discours écrit toute seule.

Seul un professionnel, qui maîtrise la technique, peut construire en un temps record, des phrases dans un français écrit correct, compréhensibles par tous, et avec le minimum de fautes.

 > Qualités pour devenir transcripteur

  • La culture générale
  • Parfaite connaissance des différents types de surdités
  • Capacité d'écoute et d'adaptation
  • L'implication
  • La discrétion, le secret professionnel
  • Le respect d'une déontologie

> Compétences pour la transcription

  • Parfaite maîtrise de la diction
  • Parfaite maîtrise de la langue, de la grammaire et de l'orthographe, de la ponctuation
  • Capacité de synthèse, de reformulation

> Compétences techniques

  • Parfaite maîtrise du logiciel de reconnaissance vocale
  • Parfaite connaissance du matériel informatique, du matériel son utilisé, des techniques de prise en main à distance, ...

Le métier de transcripteur

Publié avec l'autorisation de la SCOP Le Messageur

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